Lancer du disque

Le lancer de disque 

Qui ne connaît pas le discobole ? Cette épreuve est celle qui représente le mieux l’élégance et la technicité du sport antique grec. Une fois encore, de nombreux tests furent nécessaires pour décrypter l’art du discobole.

disque 1  Disque 4

Le disque

La difficulté majeure fut pour nous le disque, car si les pièces archéologiques et les représentations ne manquent pas, elles sont néanmoins très énigmatiques. Les sources directes représentent un ensemble de disques dont les tailles et les poids sont très variés, et dont le seul point commun est le matériau utilisé : le bronze (même si l’on peut envisager l’existence de disques en fer ou en pierre). Une question nous a longtemps préoccupés : pourquoi concourir pendant des siècles avec des disques aussi lourds, alors qu’il est très facile de réaliser des disques dans d’autres matériaux plus légers? En bois par exemple. Cette persistance des disques de bronze nous a obligés à fabriquer des disques représentant le spectre complet des éléments sources, et à envisager une autre raison pour la persistance de ces disques lourds.

Disque 3   disque 2

Les disques utilisés pour nos essais mesurent de 25 cm de diamètre à 40 cm de diamètre et pèsent de 2,5kg à 6Kg. Les disques retrouvés sur les différents sites archéologiques: Olympie, Delphes ou Rodhes se situent dans cette moyenne.

Une fois dans la main, les mensurations des disques reconstitués placent le centre de masse très loin des doigts servant de points d’appuis. Il s’avère donc très difficile de tenir les disques en main et de les retenir lors des mouvements oscillatoires du lancer.

Par la suite nous avons établi des tests en gardant deux prérogatives:

* Lancer sans élan

* Partir de ou passer par la position du discobole.

Pour obtenir une vitesse maximum de l’engin avant l’envol, ainsi que le meilleur angle de vol possible, nous avons essayé tous les balanciers possibles. Nous sommes persuadés que les voltes telles qu’elles sont effectuées aujourd’hui ne sont pas réalisables avec des disques de ces dimensions (centre de gravité trop loin des doigts, trop lourds, trop difficiles à tenir).

Mais il faut absolument avoir une oscillation linéaire et un mouvement de rotation afin d’imprimer cette vitesse maximale au disque.

Nous avons noté des résultats satisfaisants avec une solution technique intermédiaire : départ dos à l’aire de lancer, mouvement de pendule linéaire pour donner une première inertie au disque, puis rotation sur les appuis sans déplacements de ceux-ci, pour procurer une forte accélération au disque ; et enfin une poussée de bas en haut avec un angle voisin de 45°, pour amener le disque très haut au-dessus de la tête au moment de l’envol.

Cette technique nous a permis de concrétiser des lancers de plus en plus longs avec des mesures étalonnées entre 15 et 20 m, mais nous avons remarqué que la taille et le poids des disques influençaient beaucoup la courbe du vol. Celle-ci ne prend pas une forme classique de parabole : le disque, en arrivant à son point culminant (que nous nommons point haut), a tendance à se retourner sur lui-même. Il finit sa course en position verticale pour tomber la plupart du temps sur le tranchant. Compte tenu qu’il semblerait que nous ne soyons pas encore arrivés aux distances que les grecs anciens atteignaient (près de 30m ),  nous pouvons penser :

  • soit que nous n’avons pas encore obtenu le geste parfait du discobole,
  • soit que le geste est bon mais perfectible en termes de performance.

Cette dernière constatation nous a permis d’évoquer une hypothèse répondant du même coup à la question: « pourquoi continuer pendant des siècles à lancer des disques lourds et d’un diamètre important, sans chercher à effectuer de meilleures performances ? »

Nous supposons que l’origine du lancer de disque est militaire, et qu’elle constitue en quelque sorte l’ancêtre de l’artillerie. Quand les disques lancés d’une phalange sur l’autre par-dessus les rangs des premiers hoplites retombaient, les adversaires étaient obligés de modifier leur posture pour éviter de recevoir les projectiles sur les pieds. Ainsi, la cohésion de la phalange était mise à mal, et leurs adversaires profiter des rangs désunis. Dans une opposition, quand les deux adversaires sont de force et de techniques égales, alors ils doivent créer des ouvertures dans la garde adverse, et ceci afin de prendre un avantage.

Les disques pouvaient jouer ce rôle : ils ne vont donc pas varier de taille et de poids, durant toute la période des jeux olympiques. Même une fois que la phalange sera remplacée d’un point de vue militaire.

Le poids du disque, représentant  cette arme militaire, n’a pas d’importance dans l’esprit agoniste.

L’objectif n’est pas d’établir des records mais d’être le meilleur et de gagner avec les conditions imposées.

Être le meilleur lanceur le jour dit, se révèle finalement plus important que réaliser des performances et battre des records.

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