Saut en longueur

Le saut en longueur, ou lancer de soi-même

Pour les grecs, le saut en longueur avec haltères est considéré comme un lancer. Cette épreuve se pratique avec des haltères dans chaque main afin de propulser son corps en avant et atteindre, selon des sources antiques : 16,28 m par Phayllos au Vème siècle av. J.-C. ou encore 16,66m Chionis en 664 av. J.-C. Si tout le monde est conscient aujourd’hui que cette distance ne peut être atteinte d’un seul bond, toute la question reste de savoir si les grecs concourraient en 3 sauts avec élan ou en 5 sauts sans élan. Cette question a fait couler beaucoup d’encre. Nos recherches ont sûrement amené une réponse à cette épineuse question.

Les différentes hypothèses sur le saut en longueur

Nous avons repris les différentes hypothèses élaborées par E.N. GARDINER, YALOURIS, SCHODER, LENOIR et EBERT, afin de nous faire une idée de ce qui a déjà été tenté par nos prédécesseurs sur les 50 dernières années. Puis, l’étude détaillée à la fois des sources iconographiques et des tests de l’université de Gand (Belgique) ont fini de nous convaincre que cette épreuve était un penta-bond sans élan. De fait, toutes les tentatives de courses d’élan avec des haltères, pouvant atteindre chacune plusieurs kilos, se sont montrées désastreuses. Au lieu d’arriver avec une vitesse et une énergie suffisante permettant un saut à longue distance, la vitesse, au moment de la prise d’impulsion est bien moins importante que dans une prise d’élan sans haltères. De plus, ces dernières constituent un handicap pour l’impulsion et le vol lors d’un saut avec élan. Dans ces conditions, il est impossible d’atteindre les distances attestées par les grecs, il nous faut donc conclure définitivement à un saut sans élan.

Nous avons donc décidé de nous poser la problématique suivante : comment, en sautant avec des haltères, sans prendre d’élan et sur pieds fermes, faire en sorte de propulser son corps en avant, en 5 bonds et sur une distance de 16,50 m environ ? Afin d’effectuer nos tests, nous avons reproduit des haltères en plomb comme celles utilisées à l’époque: les haltères avaient des poids compris entre 1,6 kilos et 4,6 kilos.

Nous avons réalisé différents tests, afin d’acquérir le meilleur geste. Lors de nos tests, nous avons fait différentes séries de deux, trois, quatre et cinq sauts, mais aussi des exercices afin d’élever le centre de gravité des sauteurs, ou encore de calculer le déséquilibre créé par les haltères. La difficulté principale consiste à synchroniser les mouvements des bras et jambes. Il faut se propulser avec les jambes quand les bras sont en avant, se réceptionner sans trop fléchir sur les jambes quand les bras sont en arrière, et finalement renvoyer immédiatement les bras en avant. Il faut donc réaliser le balancement des bras et la poussée avec les jambes de façon parfaitement simultanée sous peine de déséquilibre. Si les bras sont déjà en avant lors de la réception, l’athlète risque de tomber en avant. Si la poussée se fait avec les bras en arrière, le bond ne pourra pas être efficace. Nous avons exécuté de nombreuses séries de triples sauts pour s’exercer avant de passer à des penta-bonds. Après 5 années, nos athlètes arrivent régulièrement à dépasser les 15,5 m. Cyril Méot, membre de notre équipe, arrive quant à lui à dépasser les 16m à chacun de ses sauts et son record personnel est de 16,40m, soit au niveau des anciens grecs. Lors de ses sauts, au-delà de 16m, nous avons noté que le 2ème bond était 25% plus long que le 1er, le 3ème 25% plus long que le second alors que le 4ème est souvent constant (même longueur que le 3ème). Le 5ème saut étant toujours le plus long (1er saut env. 2,20m, 2ème saut env.2,75m , 3ème et 4ème saut env. 3,45m, 5ème saut env. 4,30m).

Ci-dessous différentes phases des 2 premiers bonds d’un saut à 16m10. (avril 2010)

 

Course 2Course 9Course 4Course 8 Course 7

 

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