Jeu de l’acteur

Le jeu de l’acteur

Encore une fois, le jeu de l’acteur obéit à un code très précis, et connu du public. Tous ses gestes et ses déplacements sont codifiés et ce code est organisé et combiné à la fois par le poète et par le metteur en scène afin de distinguer la pièce du lot. Il ne faut pas oublier que tout étant codifié et ce, jusqu’aux mimiques, le poète et le metteur en scène construisent la pièce à partir de ces codes et non pas le contraire. Les possibilités de variations pour les auteurs sont donc réduites. Cette unité quasi permanente dans le théâtre romain a une fonction unificatrice : les romains de tout l’Empire doivent pouvoir se reconnaître dans les fêtes institutionnalisées, et il en va aussi bien dans les ludi scaenici que dans les ludi gladiatori. Les Jeux montrés à Rome, Nîmes, Orange, Arles, Tarragone, El Jem, Alexandrie, et partout dans l’Empire, doivent avoir une valeur universelle et rassembler le peuple romain. C’est pour cela que les histoires, les personnages, les masques, les gestuelles, sont connus à l’avance. Ce que le public romain attend est la mise en œuvre par l’acteur de toutes les règles qu’il connaît. Le public attend que l’acteur bouge, saute, danse, se déchaîne sur scène et c’est moins l’histoire que la performance de l’acteur qui va faire la différence. Les thèmes choisis sont eux aussi sans équivoque sur les objectifs profonds des ludi : liant violence, sexe, peur et rire, les jeux romains ont sans conteste une fonction apotropaïque universelle. Le «théâtre» romain, mais peut-on encore l’appeler théâtre, met en scène des émotions, des valeurs et des questionnements qui vont au-delà des territoires, des religions et des coutumes locales. Les grands ludi mettent en scène et en action les grandes questions de l’humanité : qui nous sommes, d’où nous venons et surtout où nous allons. Ils placent les spectateurs face à l’invisible et tentent d’éloigner les peurs et les maux de toute société humaine. Ils sont la réponse choisie par les romains et qui unira pendant des siècles des millions de personnes dans tout l’Empire.

Abonnez-vous à notre newsletter

Remonter