Tests

Facteurs permanents et constantes déterminantes dans l’iconographie

Sur les vignettes des manuscrits, le bouclier semble être suffisamment grand pour que, en position de combat (en garde), un homme puisse se dissimuler entièrement derrière. Il se tient une main de chaque côté, et l’écartement est à peu prés égal à la largeur des épaules. Ce bouclier va du sol jusqu’au-dessus de la tête du combattant qui l’utilise, nous pouvons donc en évaluer sa hauteur à 180 cm environ de la pointe à la pointe. La longueur du plateau semble être de 140 cm environ et sa largeur ne doit guère dépasser les 40 cm. Parmi les constantes, nous avons répertorié sur le Talhoffer 24 vignettes représentant ce bouclier de type XVème siècle, distinguées comme suit :

7 vignettes montrent le bouclier avec une épée,
11 vignettes le bouclier utilisé avec une massue,
5 le bouclier seul,
sur la dernière vignette, l’arme utilisée par le combattant n’est pas indentifiable formellement.
Les combattants (48 sur 24 vignettes, soit 100% de duels) sont répartis dans les positions suivantes:

11/48 ont les deux mains sur le grand manipule vertical
10/11 ont les mains placées en opposition les pouces en direction du centre du manipule.
2/48 sont en situation de saisie pour lutter en corps à corps.
2/48 sont en situation de percussion: coup de pied direct.
Les attaques d’estocs avec une ou plusieurs pointes du bouclier semblent être les plus nombreuses et les mieux représentées avec au moins 6 occurrences pour seulement deux attaques intercostales avec les tranchants du bouclier.

Exercices expérimentaux d’attaques en estoc avec changement d’appuis et parade

Parmi les vignettes dans lesquelles nous retrouvons le bouclier et une arme, le bouclier est représenté comme un bouclier particulier, et non pas comme l’arme principale.

6 vignettes sur 24 montrent une utilisation hyper dynamique du bouclier, avec une élévation du bouclier au dessus de la ceinture scapulaire, le bouclier pratiquement à l’horizontale. Nous trouvons une répartition égale des représentations internes ou externes du bouclier.
Neuf images montrent quant à elles le bouclier au niveau de la ceinture pelvienne à l’horizontale, ce qui laisse une majorité de représentations du bouclier posé au sol sur une de ses pointes. Ces images montrent que le bouclier navigue sans arrêt d’une position verticale à une position horizontale et ceci sur deux niveaux: les hanches et les épaules. Les différentes positions du bouclier permettent l’utilisation des différentes armes d’estocs et de tailles incorporées dans celui-ci, mais aussi ouvrent les lignes hanche épaule, permettant la mise en action de l’épée, de la massue ou des membres libres. Ainsi, l’utilisation du bouclier comme arme n’exclut pas l’utilisation complémentaire de la deuxième arme, et le travail de corps à corps et de percussion.
Les images du manuscrit de Talhoffer ainsi décrivent clairement des techniques complexes, variées, nécessitant un apprentissage important. Le bouclier de duel semble donc être une arme réservée à une catégorie de combattants expérimentés, entraînés aussi bien à la lutte, aux percussions et aux différentes armes.

Plusieurs vignettes montrent l’effacement de la hanche du combattant afin de faire passer le bouclier sur un plan vertical, allant d’un combattant à l’autre au niveau du nombril. L’hypothèse que nous formulons à partir de ce constat, est que les attaques et défenses avec le bouclier se font sur ce plan vertical, avec pour objectif avoué de trouver le plus court et plus rapide trajet en direction de l’adversaire. A partir de la position verticale, les attaques vont être menées en montant et en descendant le bouclier et l’arme complémentaire sur ce plan vertical. Les coups et les saisies doivent suivre cette logique. Même s’il est difficile de le mettre en évidence de façon systématique, le décalage pour sortir de cette ligne d’attaque directe doit être le point d’appui de la riposte. Plusieurs vignettes décrivent des finalisations qui ne laissent que peu de place aux doutes. En résumé et dans cette première phase de recherche, il nous faut obtenir des mouvements linéaires du bouclier, des ouvertures latérales de celui-ci mais aussi des décalages du corps afin de sortir de la ligne de combat.

Phase expérimentale

Afin d’obtenir les automatismes voulus chez nos combattants déjà largement entraînés à la lutte et la boxe, nous mettons en place une série d’exercices de manipulation préparatoires au combat. Seuls ces exercices améliorent la perception des combattants vis-à-vis de l’engin: leurs compétences concernant le placement du bouclier s’améliorent, ainsi que leur habileté à déplacer le bouclier sur les lignes de combat désignées. L’objectif est de faire passer le plus vite possible le bouclier d’une position à l’autre tout en respectant des trajectoires parfaites. Des tests de faisabilité sont aussi inclus dans les exercices, sans que jamais ne soit modifiée, du point de vue des expérimentateurs, la phase d’approche et d’apprentissage. Seul le directeur de recherche connaît l’intégralité des buts recherchés dans l’exercice réalisé.

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